
Anabel FLORES: Michel tu as une grande expérience dans le domaine du vélo; racontes nous ton parcours.
Michel DEBIEN: je me suis installé en 1979 j’avais 20 ans; et ça fait donc maintenant 30 ans que je fabrique des roues.
AF: Qu’est ce qui a changé depuis tes débuts?
MD: avant il n’y avait pas de fabricants de roues; il y avait des fabricants de moyeux, de rayons et de jantes; les roues étaient assemblées dans les ateliers des boutiques de vélo.
AF: et aujourd’hui?
MD: avec la suprématie des industriels asiatiques dans la fabrication de composants pour vélo et principalement leur capacité à produire à bas prix; de nombreuses « marques » sont apparues sur le marché.
AF: comment expliques tu cela?
MD: le profit ! évidemment; des entreprises se sont crées sans aucune expérience du marché du vélo; ils achètent des roues à bas prix en Asie et les revendent en collant leur marque.
AF: et alors ?
MD: il y a un manque de limpidité; un manque de traçabilité sur les origines des produits. Ce n’est pas parce qu’un composants est fabriqués en Asie qu’il est mal fait et la fabrication en Europe n’est pas un gage de qualité. Je pense qu’il faut expliquer aux clients comment sont fabriquées les roues qui leur sont proposées et la provenance.
AF: c’est ce que tu fais ?
MD: ça ne me gêne pas de montrer à mes clients mes factures d’achat et peu m’importe qu’ils sachent ce que je gagne sur une paire de roues; mon bénéfice ramené à un taux horaire est bien inférieur à ce qu’ils gagnent eux !
AF:tu n’exagères pas un peu avec ton slogan: «MagicWheel: les meilleures roues au meilleur prix»?
MD: je crois en mes roues; je m’investis chaque jour énormément dans mon travail avec sérieux et passion et je trouve normal de communiquer sur les efforts consentis pour obtenir des roues de qualité.
AF: selon toi quel avenir pour le marché de la roue ?
MD: tout se sait; les cyclistes commencent à savoir que des cadres vendus plus de 3000 € partent d’Asie à 500€; d’ailleurs même dans le cas de marques très connues ça ne vaut pas plus. Pour une paire de roue c’est pareil; une jante carbone qui pèse 300grs c’est 200 grammes de tissus; soit en Asie 20€ !
AF: veux tu dire par la que le consommateur est volé?
MD: oui quand la pub, le marketing et la facture des équipes pro entrent à 80% dans le prix d’un produit. Certains vendent des roues carbone fabriquées en Asie qui sont de très bonne qualité moins de 500€; j’approuve; le client s’y retrouve.
AF: c’est tout de même de la concurrence pour tes roues artisanales ?
MD: pas du tout ; même si ces roues sont très bien fabriquées elles sont toutes identiques et peu travaillées; c’est normal; le travail d’une roue ça prend du temps.
AF: en quoi tes roues MagicWheel sont-elles meilleures?
MD: le travail de la jante par des tassements successifs rend la roue plus performante et plus fiable; le meilleur ouvrier Taïwanais ne peut pas passer une journée sur une paire de roue: son patron l’égorgerais!
AF: malgré le temps que tu passes sur une paire de roue; ton activité est-elle rentable?
MD: je fabrique une paire de roue chaque jour ; et sous-traite aussi pour d’autres marques en Espagne, en France et en Italie. Les roues MagicWheel sont assemblées avec des rayons plats; le DT Swiss Aerolite; pour les autres marques j’assemble avec des rayons ronds et c’est beaucoup plus rapide; il m’arrive de fabriquer 3 paires par jour.
AF: Comment vois tu l’avenir de ton entreprise?
MD: sereinement; tout le monde se plaint et parle de crise ; nous allons revenir à des situations plus normales. Les cyclistes vont faire plus attention à leurs achats se tourner vers des produits faits par des artisans pour acheter de la vrai valeur ajoutée et non pas du vent.
AF: envisages tu de te développer?
MD: absolument. J ’espère pouvoir former des collaborateurs ; enseigner ce que j’ai appris et pouvoir produire pour répondre à la demande. Aujourd’hui j’ai encore un peu de difficulté pour vendre aux magasins; alors que la demande est très forte. Il faut que je passe un cap; avec un volume plus important j’envisage une commercialisation plus large; je resterai cependant à la production; j’aime vraiment fabriquer des roues parfaites.
AF: une dernière question: il est vraiment bizarre ton vélo?
MD: j’ai sorti tout ce qui ne sert à rien (même la peinture); en fonction de ma pratique modérée. Les promeneurs dont je fais partie utilisent le même matériel que les professionnels; pourquoi faire? les sportifs du dimanche osent parler de rigidité d’un cadre: pourquoi faire? on vit dans un monde de paraître, de marques et de frime: ça m’amuse. La forme est devenue plus importante que le fond. Mes roues sont les meilleures même sans décalques collés dessus, sans marketing agressif, sans publicité coûteuse !